Michel Mermod : De la navigation à l’humanitaire.

Tourné le 10 septembre 2004 à Farges (Ain) France.

http://www.plansfixes.ch/films/michel-mermod/

 

> Il y a des vies qui peuvent être racontées en une heure (parfois, malheureusement, même en moins). Michel Mermod – bien qu’il essaie d’être concis – n’y arrive à peine. Car il n’a pas vécu une seule vie, mais quarante. Quelques-unes lui ont été offertes par le destin, quand il lui a permis d’échapper à une mort certaine. Avec les autres, c’est lui-même qui les a inaugurées. <

 

On commence une nouvelle vie en rompant avec l’ancienne. Parfois involontairement. Michel Mermod a dû apprendre à vivre une nouvelle vie pour la première fois à la mort de sa mère. Comme le père aveugle ne pouvait pas s’occuper de lui, le petit garçon est venu chez ses grands-parents. Mais après peu de temps, ils sont morts eux aussi. Alors, il a été transféré une fois de plus. Puis il a grandi chez un oncle et une tante dans la solitude rurale du Val d’Ormont.

 

Au bord de la route qui mène d’Aigle au Col du Pillon, il a appris trois choses pour la vie : 1. S’entendre avec lui-même. 2. Tirer de la nourriture de sa propre patte comme l’ours de l’emblème de la maison d’édition Bärenreiter. 3. Traiter l’environnement non humain comme s’il n’était pas un décor de théâtre ou un podium, mais une contrepartie vivante. – Ainsi, Michel Mermod a développé un rapport Je-Tu au monde en contraste avec le rapport Je-Ça de notre exploitation techniciste et narcissique.

 

Avec cette « perspective » (comme le dit si bien le langage courant), il sort de la vallée et entre dans le monde. Dès le début, ses voyages sont caractérisés par les composantes d’affirmation de soi et d’échange (avec les personnes et les circonstances). En tant qu’apprenti commercial, il voit la Méditerranée (une déception : « Comme le lac Léman. ») puis, en auto-stop, la mer du Nord. Au cours de ces tests, il réalise qu’il parvient à se rendre jusqu’au but.

 

Ainsi, le plan est fixé : Voyage du Cap Nord à la Terre de Feu par mes propres moyens ! Au nord avec le canoë, au sud avec la pirogue. Aussitôt dit, aussitôt fait.

 

Au fil de son voyage, les différentes vies commencent à se dérouler, et Michel Mermod se transforme de situation en situation. Car pour avancer, il doit travailler. Cette nécessité le rapproche des gens, et aussi de conditions qui ne sont souvent pas beaucoup moins dures et dangereuses que le voyage solitaire sur l’eau.

 

Dans le nord, il travaille dans un froid de quarante degrés devant une mine. Plus tard, il est promu à l’intérieur de la montagne. Mais même là, le travail est dur. Michel Mermod doit assister à l’accident d’un ami, Ulrich, un Allemand du même âge, qui est écrasé par une voiture de mine.

 

Plus tard, il passe l’hiver dans une ferme pour une bouchée de pain. Son travail dure de six heures du matin à neuf heures du soir. Ils sont trois sous le toit de la ferme : l’agriculteur, un Appenzellois, qui y a commencé comme valet avant d’épouser la femme du fermier défunt. Et maintenant, Michel joint le couple. De ce scénario sont nés des films et des pièces de théâtre...

 

Une dialectique particulière caractérise la vie de Michel Mermod, déterminée par les pôles « s’engager » et « se retirer ». Cette oscillation le mène de plus en plus loin. Pour les Plans Fixes, Michel Mermod ne peut qu’évoquer les stations. Chacune remplirait un volume dans la bibliothèque de sa vie. Et là, nous pourrions lire les réponses aux questions : Comment es-tu entré ? Comment t’y es-tu pris ? Comment en es-tu sorti ?

 

Dès l’âge de trente ans, il décrit dans des livres ce qu’il a vécu. Par cela, il ajoute la réflexion à l’expérience. Et pas seulement sur lui-même et sur le monde, mais aussi – et c’est là que se trouve le point décisif – sur le changement. Michel Mermod poursuit ses études de sociologie en Suisse. Il apprend à connaître sa femme. Elle est prête à le suivre dans ses voyages. Maintenant, ils écrivent les livres ensemble ; Viviane est journaliste.

 

A Tahiti, Michel est confus. Quelque chose a changé depuis sa première visite. Il lui faut quelques semaines pour réaliser : les gens ne rient plus ! Désormais, cette prise de conscience aiguise le regard des deux voyageurs, et leur attitude devient de plus en plus critique. Ensemble, ils finissent par écrire un best-seller qui bouleverse ses lecteurs : Le Monde au creux de la vague.

 

Ces changements ont transformé le projet de vie de Michel Mermod : Il ne voyage plus pour lui-même, mais pour les autres. Son expérience et sa réputation lui permettent d’assumer des mandats humanitaires : pour la Croix-Rouge internationale, pour le département des affaires étrangères, pour des ONG. Mais avec le temps, il se rend compte que l’aide au développement, l’aide en cas de crise, l’assistance aux prisonniers, l’aide aux réfugiés, les secours en cas de catastrophe ne sont que des exercices d’alibi pour couvrir le besoin de solutions réelles aux problèmes.

 

À la fin, le grand récit de Michel Mermod aboutit à une seule question : « Malgré l’aide apportée la misère grandit, pourquoi ? »

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